img

Elevage et pastoralisme

La CEDEAO renforce l’action régionale pour transformer l’industrie des aliments pour bétail en Afrique de l’Ouest et au Sahel

La CEDEAO, à travers son Agence Régionale pour l’Agriculture et l’Alimentation (ARAA), en collaboration avec le Ministère Fédéral du Développement de l’Élevage du Nigéria, a lancé un atelier régional de haut niveau sur le développement de l’industrie des aliments pour bétail en Afrique de l’Ouest et au Sahel. L’événement de deux jours, organisé du 11 au 12 novembre 2025 à l’hôtel Sandralia, à Abuja, vise à approfondir les discussions sur la gestion de l’aflatoxine et à mobiliser le secteur privé autour des leviers essentiels pour bâtir une industrie régionale des aliments pour bétail intégrée et économiquement viable.

Cette initiative traduit également l’engagement partagé des acteurs régionaux à mettre en place un réseau d’associations de producteurs d’aliments pour bétail et à établir un système harmonisé de traçabilité des aliments pour animaux en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Dans son discours d’ouverture, la Secrétaire Permanente du Ministère Fédéral du Développement de l’Élevage du Nigeria, Dr Chinyere Ijeoma Akujobi, a réaffirmé l’engagement du Nigéria en faveur de la coopération régionale pour le développement des chaînes de valeur de l’élevage. Elle a souligné que l’industrie des aliments pour bétail constitue l’épine dorsale de la production animale durable et un levier stratégique pour atteindre la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région.
« Le Ministère fédéral reste pleinement engagé à soutenir la CEDEAO et ses partenaires dans la mise en place d’une industrie des aliments pour bétail structurée et compétitive, capable de répondre aux besoins de nos agriculteurs et de renforcer la sécurité alimentaire dans notre région », a-t-elle déclaré. « L’alimentation animale est la base de systèmes d’élevage productifs et résilients, et le Nigéria est prêt à jouer pleinement son rôle. »
Représentant la Commission de la CEDEAO, le Directeur Exécutif par intérim de l’ARAA, M. Konlani Kanfitin, a souligné que l’élevage contribue de manière significative aux économies des États membres, mais que le secteur reste confronté à des défis persistants, tels que le coût élevé des intrants et la faiblesse des systèmes de régulation. Il a noté que sans une industrie efficace et inclusive des aliments pour bétail, les efforts de modernisation de la production animale demeureraient incomplets.



M. Kanfitin a rappelé que la CEDEAO, à travers l’ARAA et ses partenaires, s’attaque à ces défis par le biais du projet Systèmes Agropastoraux Productifs, Résilients et Sûrs en Afrique de l’Ouest (PRISMA), cofinancé par l’Union européenne et la Coopération espagnole (AECID). Il a indiqué que ce projet a déjà produit des résultats concrets, notamment l’harmonisation des protocoles d’échantillonnage et d’analyse, des recherches avancées sur la traçabilité et les procédures d’importation d’urgence, ainsi que la mise en place de plateformes numériques pour améliorer l’accès et la distribution des aliments pour bétail.
« Ces résultats démontrent que la CEDEAO et ses partenaires passent de la recherche à l’action, en transformant les preuves scientifiques en solutions régionales qui renforcent la résilience et créent des opportunités pour les agriculteurs, les jeunes et les femmes », a-t-il déclaré.
Au nom de l’Espagne et de l’Union européenne, le Coordonnateur de la Coopération espagnole (AECID) au Nigéria et auprès de la CEDEAO, M. Santiago Ormeño García, a félicité la CEDEAO et l’ARAA pour leur leadership dans la promotion de la transformation agricole régionale à travers la science et l’innovation. Il a souligné que cet atelier marque l’aboutissement de quatre années de collaboration intense entre la CEDEAO, l’AECID et les États membres, visant à bâtir un système d’alimentation animale traçable, standardisé et durable pour l’Afrique de l’Ouest.
« Cet atelier illustre la force de la coopération régionale », a affirmé M. Ormeño García. « Il reflète notre ambition commune de rendre le secteur de l’élevage plus sûr, plus productif et plus inclusif. La collaboration entre la CEDEAO, l’AECID et les États membres montre que l’intégration régionale peut produire des résultats concrets pour les producteurs de la région. »
Apportant une perspective scientifique, le chercheur à l’Université Polytechnique de Madrid et au Centre de Recherche pour la Gestion des Risques Agricoles et Environnementaux (CEIGRAM), Dr Fernando Escribano, a souligné que l’initiative PRISMA repose sur des données probantes, des partenariats solides et une responsabilité partagée. Il a rappelé que cet atelier s’appuie sur les engagements pris à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2024, pour la mise en place d’un système régional de traçabilité des aliments pour animaux, et que la session d’Abuja marque une nouvelle étape à travers l’harmonisation, la mise en réseau des laboratoires et le partage des données.

Un moment fort des délibérations techniques a été l’intervention du chercheur principal de l’Institut d’Économie Rurale (IER – Mali), Dr Seydou Sidibé, qui a présenté les derniers résultats sur la gestion et le contrôle de l’aflatoxine dans le cadre du projet PRISMA. Il a annoncé que les laboratoires du Mali sont désormais pleinement équipés pour effectuer des tests rapides de détection de l’aflatoxine dans les aliments et de l’aflatoxine M1 dans le lait, marquant ainsi une avancée majeure pour la sécurité des aliments pour bétail dans la région.
« Nous sommes désormais capables d’effectuer des tests rapides de détection de l’aflatoxine dans les aliments et du M1 dans le lait », a-t-il indiqué. « Notre expérience prouve que le modèle PRISMA peut renforcer les capacités des laboratoires et favoriser la production d’aliments sains et exempts d’aflatoxine. D’autres pays devraient s’inspirer de cette expérience pour garantir la sécurité alimentaire humaine et animale. »
Le Dr Sidibé a révélé que, parmi les 318 échantillons d’aliments pour bétail analysés, seulement 20 % présentaient une contamination, tandis que 90 % des échantillons de lait dépassaient les limites acceptables. Il a recommandé un renforcement de la collaboration entre laboratoires et chercheurs pour retracer les sources de contamination, améliorer les échanges de données et développer des cadres harmonisés de contrôle de la qualité entre les États membres de la CEDEAO.
Cet atelier de haut niveau marque un tournant dans la gouvernance du secteur des aliments pour bétail. Il consolide quatre années de recherche régionale, de résultats de terrain et de dialogue politique en une feuille de route cohérente pour la sécurité alimentaire, l’intégration des marchés et la croissance durable. Les discussions et recommandations issues de cette rencontre alimenteront directement l’Atelier de Dialogue Politique sur la Valorisation des Résultats du PRISMA dans les Priorités Agricoles Régionales, prévu du 13 au 14 novembre 2025, également à Abuja.
Pour les populations d’Afrique de l’Ouest, ce processus représente bien plus qu’un dialogue technique : il incarne une promesse de changement. Une industrie des aliments pour bétail renforcée permettra d’améliorer la productivité de l’élevage, de réduire les risques de contamination et de créer de nouvelles opportunités d’emploi, en particulier pour les femmes et les jeunes dans les chaînes de valeur agropastorales. Les participants ont également souligné que le réseau émergent des associations de producteurs d’aliments pour bétail devrait être dirigé par le secteur privé afin de garantir la durabilité, la compétitivité et l’appropriation régionale à long terme. Cette dynamique renforcera le commerce transfrontalier et consolidera la vision de la CEDEAO d’une région intégrée, autosuffisante et sûre sur le plan alimentaire, où l’innovation est au service des populations.