Surveiller les mouches de fruits en Afrique de l’Ouest pour mieux les combattre
Mardi, 9 mai, 2017 - 18:00

Dans le cadre de la mise en œuvre du projet d’appui au plan régional de lutte et de contrôle des mouches de fruits, un système de surveillance est mis en place pour suivre le mouvement des mouches de fruits en Afrique de l’Ouest afin de mieux les combattre. Ce dispositif permet l’organisation au niveau national et régional de la surveillance des populations et du taux d’infestation des mouches de fruits et l’émission d’alertes qui devront déclencher des réactions rapides de lutte lorsque nécessaire.

De façon pratique, il s’agit de la systématisation d’un échantillonnage sur les espèces frugivores de mouches de fruits dans des vergers de manguiers. L’approche s’applique également au suivi des stades phénologiques des variétés en exploitation ainsi qu’à l’interaction entre les plantes et les mouches sur les fruits en particulier.

A ce jour, les activités de surveillance du projet couvrent 22 zones de production de mangues sur les 8 pays bénéficiaires (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Sénégal) avec 660 vergers mis en réseau pour une superficie totale surveillée de 14 807ha. Sur cette superficie, sont placés 2 640 points géo-référencés d’observations. Sur chaque point d’échantillonnage, la présence/absence des différentes espèces de mouches frugivores et leur action sur la production est suivie toutes les semaines. Les données de l’échantillonnage sont renvoyées en ligne dans la Base de données des mouches de fruits de la CEDEAO (ECOWAS Database) par les responsables nationaux désignés par les pays membres. Les producteurs propriétaires des vergers mis en réseau dans le système ainsi que 10 à 12 producteurs dont les vergers sont juxtaposés au verger échantillon sont répertoriés dans des sous-listes pour les besoins de formation et d’information. Les données sont ensuite téléchargées d’ECOWAS Database pour être analysées dans un programme d’aide à la décision développé à cet effet.

Le programme d’analyse prend en entrée les données sur la phénologie du manguier pour chaque point d’observation, les données sur la production du verger, les données sur la densité des populations et par espèce de mouches de fruits, les données sur le climat ; la température, l’hydrométrie, le point de rosée, l’intensité et la direction moyenne hebdomadaire du vent. En sortie, le programme estime le rendement, la production en mangues du verger de la zone et du niveau national. Il existe également une sortie sur la plateforme d’analyse des pertes de productions dues aux dégâts commis par les mouches de fruits sur chaque verger du réseau d’échantillonnage. Cette sortie se présente sur une carte Google Map présentant les vergers avec des mangues de qualité et les vergers nécessitant une intervention phytosanitaire ciblée et immédiate. Ceci implique que tous les vergers qui se trouveraient à moins d’un kilomètre du verger échantillon sont à risque.

Les résultats des analyses sont récupérés et résumés en langage simple pour être transmis, via un programme d’alerte également développés par le projet, à tous les producteurs de la sous liste des producteurs de vergers juxtaposés au verger, aux producteurs, exportateurs et décideurs techniques pour information en vue de la mise en œuvre d’une action de lutte ciblée et rapide. Une autre sortie du programme d’analyse de l’outil d’aide à la décision permet de proposer une tactique de traitements ou de lutte (quand traiter ? avec quelles technologies disponibles ? etc.) pour simulation. En jouant sur les tactiques, le programme propose l’effet économique des traitements. La meilleure tactique qui sera proposée aux producteurs est celle dont les coûts de traitement apportent un bénéfice. Ainsi, selon la chaîne de valeurs de la production où est lié le producteur ou les groupes de producteurs, le programme évalue le potentiel des emplois générés par la production au niveau national.

Le système de surveillance permet ainsi non seulement d’aider les producteurs à suivre la santé de leur plantation, à lutter efficacement contre les mouches de fruits, à gérer leurs plantations comme une entreprise mais aussi aux Etats de connaître le potentiel de production et d’emplois que la filière peut générer du fait de la disponibilité de la matière première (la mangue). Il devient alors un outil d’aide à la décision pour la définition et la planification des politiques en direction de la filière.